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J’ai 2 ans et je te dis « Non » parce que c’est bon pour ma santé !

Cher éducateur,

J’ai 2 ans.
Je suis en pleine découverte de moi-même, de toi, de l’environnement qui m’entoure.
Je commence à me rendre compte que je suis un individu à part entière, avec des besoins et des envies qui me sont propres.
J’ai découvert un mot, il y a peu : « Non ». Comme je l’aime bien ce mot ! Je me sens plus forte, je me sens distincte de toi quand je le prononce. Et avec force, c’est encore mieux, je sens encore plus de puissance à l’intérieur de moi.
Je vois bien que toi, ce petit mot, il te contrarie… C’est comme si je remettais en question ton autorité.
Tu sais, éduc, quand je dis « Non », ce n’est pas tellement à toi ou à ce que tu me proposes que je réponds… Quand je dis « Non », je dis en fait « Oui » à ma singularité. Je dis « Oui » à une nouvelle faculté que je découvre de pouvoir avoir un avis différent du tien. Ce n’est pas à toi que je dis « Non », c’est en fait à moi que je dis « Oui » !
Quand tu me cries dessus parce que je te réponds ce petit mot de trois lettres, je sens en moi des tremblements. Il paraît que ça s’appelle « la peur ». boude
Et quand ça arrive trop souvent, je me dis alors que ce n’est pas vraiment permis de SE dire « Oui » (alors que toi, justement, tu voudrais que je TE dise « Oui »).
Et je finirai par te dire « Oui », parce que je n’aime pas cette sensation que ça me fait quand tu es en colère contre moi, et j’ai bien compris qu’en te disant « Oui », ça semblait mieux te convenir, et moi, ça me fait pas toute cette tempête à l’intérieur. Je te dis « Oui », pourtant en dedans, ça me fait « Non ». Et il se peut qu’un jour, j’oublie que ça me fait « Non »…
J’aimerai pourtant tellement pouvoir apprendre à te dire des vrai « Oui » et aussi des vrai « Non ». Je suis sûre que ça m’aiderait à me construire et à devenir un adulte conscient de lui.
Si tu acceptes mes « Non », alors saches que mes « Oui » pourront être de vrai « Oui ».
Et je suis convaincue qu’au fond de toi, c’est ce que tu souhaites pour moi. En fait, nous voulons la même chose, toi et moi, finalement !
Seulement, à mon âge, je n’ai pas encore la maturité pour te dire les choses avec des mots d’adulte.
Et ça m’aiderait à pouvoir devenir moi-même que tu te mettes à mon niveau d’enfant et que tu puisses être en lien avec le monde dans lequel je grandis. Celui d’une petite fille de quelques mois qui expérimente, qui découvre l’impact qu’elle a sur les autres, qui ne demande qu’à être guidée sur ce chemin qu’est la Vie.

tong

Partage d’expérience :

Mélinda a 3 ans. C’est une petite fille sage, polie. Trop sage, trop polie pour son âge. Personnellement, je suis contrariée par ce côté si lisse ! Elle n’exprime jamais de colère, très peu de tristesse, demande plusieurs fois par jour si elle est sage (ça semble important pour ses parents qu’elle soit « sage »).
Cela fait 2 mois qu’elle a rejoint le foyer.
Et aujourd’hui, au moment d’aller prendre sa douche, Mélinda me dit d’un air affirmé : « Non !! Non, Non, Non » !! Et à l’intérieur de moi, ça fait « Youhouuuuu » !!

Moi : Mélinda, je vais t’accompagner prendre ta douche
Mélinda : Non, je prends pas de douche ! Non et Non !
Moi : Oh, tu ne veux pas prendre de douche !
Mélinda : Non, je vais pas prendre ma douche !
Moi : (tout en prenant ses affaires) Je t’y accompagne, tu me dis si tu préfères de l’eau chaude ou de l’eau tiède ?
Mélinda : (en allant dans la salle de douche) Je veux de l’eau tiède
Moi : Ok, voilà de l’eau tiède !
Mélinda : Je veux pas me laver
Moi : Est-ce que tu souhaites que ce soit moi qui te lave ?
Mélinda : Non, je veux pas !
Moi : Alors est-ce que tu préfères te laver seule ?
Mélinda : Oui, c’est moi qui me lave !

D’une situation hasardeuse au début, le tout s’est fini dans la sérénité et les rires. Ma volonté était que la douche soit prise car c’est le « cadre » posé par l’équipe et en même temps que Mélinda puisse avoir la possibilité d’affirmer un « Oui » ou un « Non » qui seraient entendus et acceptés. J’ai donc fait le choix d’orienter sa prise de position vers des choix sélectifs (la température de l’eau et la toilette), et d’accepter sa décision. L’ambiance détendue que j’ai ressentie et l’attitude de Mélinda m’ont donné l’impression que son besoin de s’affirmer étaient entendus. Mes besoins de respecter le cadre posé et la demande d’affirmation de Mélinda l’étaient également.

parentenfantsat

Pour moi, « Gagnant – Gagnant », c’est ça le vrai bonheur !!

Petite invitation à lire :

iginie
(Cliquez sur l’image pour arriver sur le site NVC-Europe)

Demande :
Suite à une (très !) forte affluence sur cet article depuis 2 jours, ma curiosité s’éveille ! Je serais ravie si vous aviez la gentillesse de me dire, en commentaire, grâce à quel site ou page facebook vous en avez eu connaissance ? Un tout grand merci 🙂
(Plus de 1800 partages en 2 jours, ça me fait fort plaisir !)

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94 réflexions au sujet de « J’ai 2 ans et je te dis « Non » parce que c’est bon pour ma santé ! »

  1. Ah mais très chouette article dis donc! Je suis à la ramasse dis donc, elle date cette article! 🙂
    Tu sais quoi, à partir de demain, je vais animer un atelier photo avec des primaires, et j’ai bien l’intention de relever quelques perles. 🙂

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  2. ça a toujours l’air si simple dans les articles et les livres … Pourtant, quand ça m’arrive à moi, il ne me semble jamais y avoir d’alternative possible. Et difficile de pouvoir discuter énormément avec ma fille qui n’a encore que 20 mois; ex. il est 20h30, le magasin ferme, il faut rentrer à la maison. Je tente de mettre ma fille dans le siège auto mais impossible : elle se raidit de toutes ses forces et à moins de la forcer de manière violente vue la force qu’il faut contre la sienne, impossible de l’asseoir! Si j’écoutais tous les bouquins et autres « jamais de fessée », je passerais de longues nuits sur les parkings … Pourtant, dans ces cas-là, une fessée et hop, ça cesse. Alors, quelle autre solution? Lui demander si elle veut que je l’assois ou si elle veut le faire toute seule? Mais, c’est impossible … J’ai prévu des livres et autres jouets, que je lui donne dans ces cas-là, mais, parfois ça marche, parfois / souvent ça ne suffit pas … Et pour le change, c’est le même problème; elle n’est pas encore propre mais en même temps, elle en a vraiment marre du change; là encore, je prévois des jeux, mais c’est usant de devoir constamment se battre pour la faire s’allonger … Et par contre, chez la nounou, jamais aucun problème … Mais pour en revenir au problème du siège auto : le matin, on n’a pas 3/4h pour partir donc, que faire quand le problème du siège auto se pose tous les jours??? A-t-elle juste comme vous expliquez dans l’article, un besoin non pas de ME refuser de s’asseoir, mais de ELLE s’affirmer par ce non? Mais ok, c’est bien beau de comprendre pourquoi les enfants font les choses, mais il faudrait quand-même des solutions … J’ai beau lire beaucoup de livres sur le sujet, je n’ai pas l’impression de voir beaucoup d’effets … Quand je lis, ça a l’air clair, mais après, dans mon quotidien, je ne suis jamais confrontée aux problèmes posés dans les livres; les problèmes que je rencontre ne sont jamais dans les livres, et les conseils des livres ne me semblent pas transposables à mes problèmes …

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    1. Bonjour, ça m’est arrivé de devoir forcer mon fils à s’asseoir dans le siège auto avec moults cris (notamment en quittant le parc de jeux) et la solution qui a marché pour nous c’était de le prévenir du temps et de mettre un timer sur le téléphone. On reste 1h, et après je te mettrais dans le siège auto pour rentrer à la maison. Il te reste 15 min pour jouer. Il reste 5 min et on rentre à la maison. ça y est, le téléphone sonne, ça veut dire qu’il est l’heure de rentrer. Je vais t’installer dans le siège auto et on va rentrer à la maison. Je te mets dans le siège auto pour ta sécurité. Tu préfèrerais être libre dans la voiture, mais s’il se produit un accident j’aurais peur que tu te fasses très mal si tu n’es pas attaché, et je n’ai pas le droit, c’est la loi, pour te protéger. Le prévenir que j’allais le mettre dans le siège à chaque fois qu’on se mettait en route à été efficace ici.
      Bon courage en tout cas, ma solution ne sera peut être pas la votre, mais si ça peut aider…

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    2. Moi je te conseillerai la communication connectée ou une séance en parole au bébé pour comprendre pourquoi ton enfant réagit de cette manière et voir avec lui la meilleure solution!
      Bonne continuation

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      1. Une amie s’est formée à la CC il y a quelques mois… et je viens d’accoucher d’une petite fille donc il se peut que pour ma part je découvre cette approche à l’occasion !

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    3. Un enfant de 20 mois à 20h30 qui sort d’un magasin c’est normal que ça se passe mal ==> fatigue, hyperstimulation dans le supermarché et la faim qui s’en mêle aussi normal que ça ne soit pas facile de la mettre dans le siège auto il faut se mettre à sa place aussi.

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  3. Information relayée par la page de Françoise Nazer sur Facebook; écrivain et assistante maternelle. Voilà ce qui explique en partie la succès de cette page.

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    1. Merci Labesse 🙂

      J’avais mis cette demande concernant la provenance des lecteurs il y a quelques mois. Mais je suis ravie de découvrir Françoise Nazer. Je ne la trouve pas sur FB, est-elle en privé ?

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  4. D une grand maman je ne dis pas que j ai réussi à éduquer mes deux fils parfaitement mais je suis fière d’eux. J’aurais aimé vous lire dans les années 70-80 hihihi. J’ai eu la chance d’avoir une maman avec un grand cœur et une bonne psychologie…Vous savez je trouve les jeunes très chanceux de recevoir vos bons conseils. Merci et bravo!

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  5. Merci pour votre réponse, en fait je pense que je ne met pas suffisamment à la place de l’enfant. je raisonne en adulte, si je ne veux pas quelque chose, qu’on me dit « ah tu ne veux pas » et qu’on m’emmène le faire, j’aurais l’impression qu’on ne m’écoute pas, parce que mon refus n’est pas une affirmation de moi mais un refus concret sur ce que je ne veux pas faire.
    Si j’essaie plus d’entrer dans le monde de l’enfant, alors oui ça devient logique, il a besoin qu’on accueille son affirmation de lui même, ce qui n’empêche pas qu’on puisse lui imposer certaines choses.
    Merci encore pour vos éclaircissements

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  6. Bonjour,
    Alors pour Combler un peu la curiosité, je réponds simplement à la demande 😉
    J’ai eu un lien partagé sur un groupe Facebook sur l’éducation bienveillante qui amené sur le blog de « working mama » et elle partageait le lien de votre article pour la deuxième fois !! 😉
    Voilà
    Bonne journée 😎

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    1. Bonjour nounou,

      Je n’ai pas de recette miracle. Il y a sans doute autant de solutions appropriées que de relations sur cette terre 🙂
      Quel âge a l’enfant dont vous parlez ?

      Car on ne réagira pas de la même manière avec un enfant de 2 ans qu’avec un enfant de 8 ans.

      De mon côté, si un enfant de 2 ou 3 ans ne me dit pas merci, je ne lui en tiens pas rigueur, j’estime qu’il n’a pas l’âge d’y mettre du sens. Mais je peux dire merci à sa place pour lui faire part du code social.
      Si l’enfant a 8 ans, je lui dis ce que j’attends de lui et pourquoi c’est important pour moi.

      Une question à se poser peut être : est-ce que j’accorde au merci l’importance qu »il a réellement ?

      Et s’il exerce ce « non » à ce moment là, quel sens ça a pour lui, pour vous, dans votre relation…

      Voilà ce qui me vient en vous lisant.

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      1. personnellement je ne force pas mes enfants à dire bonjour, et encore moins à faire la bise. Je pense qu’ils apprendront en me voyant faire. En revanche, lorsque nous allons chez des gens, en particulier la famille ou amis proches, je leur explique qu’il n’est pas correct de passer à la table de nos hôtes / d’accepter les cadeaux / gâteaux etc, sans les avoir salués au préalable. Donc bien souvent, ils ne disent pas bonjour directement lorsqu’on arrive, mais un peu plus tard, une fois acclimatés à la maison et aux gens qui nous invitent. A ce moment là c’est un bonjour qui provient de leur petit coeur et je trouve que cela donne plus de sens à ce rituel.

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    2. lorsque mes enfants, 4 ans et 7 ans , ne veulent pas dire merci, je leur pose simplement cette question: est-ce que ce que tu as reçu t’a fait plaisir? si oui, la manière de le dire est de dire merci. Parfois, avec ma fille, ça prend plus de temps, je dois ajouter qu’elle n;est pas obligée de dire merci tout de suite, qu’elle peut le faire plus tard, et une fois qu’elle se sent libérée de cette obligation sans doute, une fois que tous les yeux ne sont plus tournés vers elle, elle vient me voir pour que je l’accompagne dire merci, et on y va ensemble. Il y a plusieurs manières de remercier, d’ailleurs, ce peut être par un dessin, finalement, ce qui compte c’est de montrer sa reconnaissance, pas forcément le mot lui-même.

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      1. J’aime beaucoup l’intention que vous mettez à accompagner ces temps du quotidien : faire prendre conscience qu’il y a un code social dans notre société, qu’ils peuvent choisir ou non de respecter. Tout en privilégiant le sens – trop souvent perdu – qu’il y a derrière un remerciement ou un bonjour. Merci pour votre témoignage, Céline !

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