Adolescence

Comment je travaille…

Suite à une conversation téléphonique que j’ai eue en fin d’après-midi (merci pour l’inspiration du sujet 😉 ), je me suis rendue compte que je vous proposais des situations concrètes, qui ont eu lieu à un instant T, et qui pourraient sembler se régler de manière simple, rapide, à partir d’une méthode pédagogique, éducative, de communication ou autre.

Ce n’est pas vraiment le cas, en fait. Et il me semble important de préciser que je n’ai malheureusement (quoi que) pas de baguette magique, ou que j’adopte une attitude « comme ça », au gré du jour 🙂 Bon, je l’admets, ça m’arrive… soit parce que je n’ai pas d’énergie pour faire autrement, soit parce que je teste quelque chose au feeling… Mais globalement, c’est souvent un peu plus poussé 🙂

Les situations que j’expose sont des instants de vie avec des adolescents ou des enfants avec lesquels je « vis » au quotidien pendant des semaines, des mois voire des années.

énergieDurant ces semaines qui passent, je les observe. Beaucoup. Même si en général, les premiers instants sont les plus équivoques. J’observe le jeune, oui. Mais j’observe surtout le PROCESSUS. Ce qu’il met en place. Quand… Comment… Avec qui… A quelle fréquence… C’est, pour moi, une des clés essentielles du métier. Qui permet non seulement de pouvoir avoir suffisamment de recul pour analyser une situation, mais aussi et surtout de pouvoir se rendre compte que les agissements d’un jeune ne nous sont pas destinés personnellement mais que ça raconte quelque chose de lui. Et c’est à partir de cela que je peux travailler.

 

Anecdote : lorsque je travaillais en foyer d’ados, la première partie de Baby Foot avec le jeune me donnait une foule d’hypothèses à aller vérifier sur qui il était. Est-ce qu’il me laisse gagner ? Est-ce qu’il frappe fort ? Est-ce qu’il abandonne ? Va jusqu’au bout de la partie ? Veut une revanche ? Comment réagit-il lorsque je me positionne en Victime, en Persécutrice, en Sauveuse (Cf. Triangle Dramatique de Karpman), ? Est-ce qu’il accepte la critique ? etc. etc. etc.

J’essaye différentes manières d’entrer en relation. Je repère le genre de signes de reconnaissance qu’ils acceptent, ceux qui les font fuir, ceux qu’ils ne peuvent pas recevoir… J’émets des hypothèses sur des croyances qu’ils pourraient entretenir et chercher à venir vérifier. Je tente d’identifier les besoins non satisfaits lorsqu’ils adoptent des comportements qui pourraient sembler inadaptés.

Toujours, sauf quand je suis fatiguée 🙂, je me demande ce que le jeune est en train de mettre en place dans la relation. Qu’est-ce qu’il cherche à faire passer comme message ? Quels besoins cherche-t-il à combler ? Comment es-ce qu’il s’y prend pour y arriver… ou au contraire pour ne pas y arriver… Qu’est-ce qu’il reproduit de son scénario ? A quoi je lui sers, là, dans ce comportement qu’il met en place.

Et comment je peux me décaler de ce qu’il projette sur moi et de ce que ça suscite en moi comme émotions (et qui n’ont pas lieu d’être dans cette relation là) pour être au plus près de lui. Essayer d’être la plus objective possible, dans la mesure où c’est faisable…

Il faut également savoir que je suis une personne qui fonctionne beaucoup au feeling. J’utilise mes émotions, mon ressenti (il n’y a rien de magique, j’ai juste appris au fil des années à affiner la connaissance que j’ai de moi – et il y a encore du travail !) qui font partie de mes outils de travail. J’ai donc beaucoup plus de facilités avec un interlocuteur qui fonctionne avec une porte d’entrée « émotionnelle » ouverte.

raleIl y a des situations, souvent des garçons, avec lesquels cette manière d’entrer en relation est complètement bloquée. Il y a des ados avec lesquels je ne sais pas prendre de recul. Je suis agacée par leur attitude et je ne parviens pas à créer de réel lien. Alors je délègue, on travaille en équipe et il y a souvent des personnes complémentaires avec lesquelles je travaille qui sont, elles, réceptives à ces personnalités. Je sais qu’avec eux, je n’irai pas faire de travail « en profondeur », je serai là pour la paperasse, si ils ont besoin de moi en tant qu’adulte, mais je ne m’impliquerai pas spécialement « relationnellement » (à ne pas confondre avec « humainement »).

Donc oui, il y a des jeunes avec lesquels j’ai plus de facilités à entrer en communication que d’autres parce qu’on a des « canaux de communication » (action / pensée / émotion… un billet sur le sujet, peut-être, un de ces jours…) qui se rejoignent.

Et avec chaque jeune, c’est un nouveau départ. Un cahier qui s’ouvre sur une page vierge. Cahier (symbolique) dans lequel je vais noter (avec plus ou moins de conscience) mes hypothèses à vérifier, mes observations, mes questionnements, les interactions qui ont eu lieu et ce que ça a suscité comme échange, comme réaction, ce que ça a eu comme conséquence.

mainsA chaque jeune, je vais apporter un accompagnement différent. Unique. Parce que chaque jeune est unique, chaque relation l’est aussi. Et je ne vais pas vivre une relation avec l’un comme je vais la vivre avec l’autre, ne serait-ce que parce que je suis unique moi aussi (non, non, je ne me lance pas de fleurs, vous êtes uniques vous aussi 😉 ).

Chaque relation est une danse incessante. Tantôt douce, tantôt sacadée. Tantôt harmonieuse, tantôt orageuse… Un mouvement de vie entre deux personnes, entre deux inconscients, entre deux êtres. Une gymnastique relationnelle (surtout avec les ados… parfois on fait plus de la gym acrobatique que du saut en longueur…). Qui évolue avec le temps. Qui se bonifie. Qui parfois n’a pas trouvé les bons ajustements.

 

En écrivant, je pense à la situation de Lila. Une ado aux besoins intenses et aux comportements pouvant l’être tout autant. Si l’on ne se base que sur ce qu’elle met en place et que l’on cherche à lui faire respecter le cadre à tout prix, évidemment, soit elle va se conformer et rentrer dans le moule, soit elle va se rebeller pour ne pas y entrer. Si par contre on prend de la hauteur. Si on regarde la situation avec suffisamment de recul pour observer le processus, on pourra s’atteler à repérer les besoins non satisfaits et la manière dont elle procède pour y répondre… Besoin d’affection, ou de reconnaissance, ou de se sentir vivante : elle n’est reconnue que quand elle est dans l’excès… Si je l’aide à trouver une autre manière de se sentir vivante (théâtre, câlins, activité manuelle ou autre), elle n’aura plus besoin d’adopter des comportements faisant perdre la raison à tout le monde.

 

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