Education positive·Enfance·Gestion de conflits·Situations concrètes

Et si nous faisions confiance aux enfants ? … Enlevons-leur ces étiquettes et voyons-les tels qu’ils sont !!!

Petite histoire du soir, bonsoir 🙂

children

Un jour de l’été 2013, j’arrive au foyer sur lequel je travaille pour les 2 mois des vacances scolaires.

Je connais peu les éducateurs qui y travaillent durant l’année, sauf un avec qui j’ai déjà eu la chance de bosser sur une autre unité et que j’apprécie beaucoup. Je sais juste qu’avant que je n’arrive début juillet, certains yeux se sont levés aux ciel : « Ah, c’est celle qui punit pas« … ils ne me connaissent pas… je ne les connais pas… ça commence bien… il semble que ça papote entre éducateurs des deux foyers… mais clairement, ça m’importe peu, je suis là pour 2 mois et surtout pour les enfants !

Donc cette après-midi là, je travaille avec 1 éduc (celle qui semble avoir quelques a priori sur la non-punition). Elle me suggère que l’on sépare le groupe pour partir en activités, ce qui me semble une excellente idée.

Je propose donc une sortie aux enfants et 7 d’entre eux souhaitent m’accompagner. Super ! Je fais donc la liste que je laisse sur le bureau pour voir avec ma collègue si c’est ok pour elle. Pas dans l’idée d’avoir son accord, mais plus par formalité et voir si ça lui va. Je m’attends à tout sauf à la réaction qu’elle a eue avec sa collègue du relai. Elle m’a interpellée dans le bureau en me disant : « Non, tu peux pas prendre D. et S., s’ils sont ensemble, ils vont te faire le bordel… déjà tout seul c’est hard, alors à deux, ça sera pas gérable ».

Ok… je précise que ces deux enfants ont respectivement 6 et 7 ans…

Et euh… comment vous dire… certes ce sont des enfants très expressifs et qui utilisent parfois des stratégies (très) maladroites (et agaçantes) pour entrer en relation avec les autres… mais bon… euh… en fait je ne vois pas le problème de les prendre ensemble…

Néanmoins, je prends en compte le fait qu’en effet, s’ils sont à deux, l’après-midi risque d’être mouvementée et je n’ai pas envie de ça et je suis convaincue que ce n’est pas une fatalité, loin s’en faut ! Je précise à mes collègues qu’il n’y a aucun problème pour moi et que je laisse le groupe tel qu’il est.

 

Faire confiance à l’enfant passe déjà par lui enlever les étiquettes collées sur le front !

 

Je demande à S. et D. de venir me voir. Nous sommes à trois et je m’accroupis pour me mettre à leur hauteur d’enfant.

« S. et D., vous avez choisi l’un et l’autre de venir à B. avec moi cette après-midi et j’en suis ravie. Alors voilà, mon souhait est que nous passions tous une belle après-midi…

Et pour ça, j’ai besoin que quelques règles soient respectées : sécurité dans le véhicule, rester avec le groupe, respect des consignes que je donne, de chaque personne du groupe et de l’environnement.

Vérifiez vraiment ce que ça vous fait en dedans et je voudrais que vous me répondiez à cette question :

(En le regardant) D. est-ce que tu sens que c’est possible pour toi de respecter cela cet après-midi ?

Il acquiesce.

(En me tournant vers son camarade) S., est-ce que tu penses que c’est possible pour toi de respecter cela cet après-midi ?

Il acquiesce.

Admettons qu’à un moment donné ça devienne compliqué pour vous, que peut-on proposer ?

« Tu nous punis à 20h en chambre ? »

Je n’ai pas l’intention de vous envoyer en chambre à 20h. Par contre, si je sens que ça devient inconfortable, je pourrai décider de rentrer plus tot pour garantir la sécurité et le bien être de tout le monde, y compris le mien.

Ok, alors super, préparons-nous et décollons ! »

neill
Source : Page FB d’Adeline Alternative Montessori – Institut des Petits Pinsons

 

Je pose les consignes à l’ensemble du groupe et nous partons.

Mis à part une attitude contestable de S. après quelques minutes dans le véhicule et un rappel de notre discussion moteur arrêté, je me souviens d’une après-midi idéale. De la sérénité, des rires, quelques conflits entendus-reconnus et rapidement désamorcés. S. et D. s’auto-régulaient dans leurs comportements. Un regard bienveillant suffisait à les ramener avec le groupe. Eux et les autres aussi.

J’ai vu de la fierté dans leurs regards. La satisfaction de pouvoir courir, sauter, grimper, jouer tout en sachant s’auto-canaliser… Constater qu’ils savent le faire sans avoir besoin de l’intervention « punitive ou réprimande » de l’adulte. Et j’ai surtout cru lire une certaine reconnaissance, des plus touchantes, d’avoir un adulte qui leur faisait confiance. Interprétation ou pas, en tous cas c’était l’année dernière et je me souviens encore du regard de D., poignant…

Je n’ai JAMAIS eu à les reprendre, à leur rappeler les consignes posées… Ils le faisaient eux-mêmes !

Ma présence et l’attention que je leur portais dans la promenade – ainsi que l’acceptation de qui ils étaient sans leur poser d’étiquette ! – semblaient remplir leurs besoin de sécurité et d’attention. J’ai centré mes interventions sur la valorisation des moments positifs et je suppose qu’un besoin de reconnaissance était nourri… Je me dis que d’autres besoins ont pu être nourris… et qui dit besoins nourris dit plus de nécessité d’utiliser des stratégies inadaptées pour y répondre…

A mon retour sur l’unité, à la question de ma collègue : « Alors ? », j’ai répondu : « Nickel ! »… non sans une certaine satisfaction, je le confesse…

Je crois que je les énervais… Le chef de service de cette équipe a d’ailleurs fait la remarque à un de mes collègues que je n’étais pas faite pour le travail sur le terrain… que je mettais en difficulté mes collègues parce que je ne punissais pas les enfants… Bon… chacun son truc !

 

Je vous invite à vous rendre sur ce lien pour découvrir une belle illustration de ce qu’est une étiquette !

 

Bonne soirée 🙂

 

 

 

Publicités

5 réflexions au sujet de « Et si nous faisions confiance aux enfants ? … Enlevons-leur ces étiquettes et voyons-les tels qu’ils sont !!! »

  1. Cet article m’a donné les larmes aux yeux… Les étiquettes, c’est tellement dangereux et tellement répandu… parfois, les parents croient que c’est humoristique… mais dans la réalité, ça ne fait rire personne… Il est vraiment important de distinguer le comportement de l’identité. Et de ne pas employer des mots qui font mal comme « caprice » à tout bout de champs: http://www.droledemaman.com/et-si-les-caprices-nexistaient-pas/
    merci de ce témoignage très parlant!

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour valsita,

      Merci beaucoup pour ce message auquel je réponds avec plusieurs train de retard, toutes mes excuses.
      Je suis touchée qu’il vous ait touché 🙂 En effet, l’on a bien vite fait d’amalgame la personne avec son comportement et l’enfermer alors dans un rôle dans lequel lui-même aura du mal à se défaire…

      Au plaisir de vous revoir par ici,
      Elodie

      J'aime

  2. Ah j’aime beaucoup ton témoignage! C’est fou quand même. Quand on fait différemment, on dérange! Bravo en tout cas et bonne continuation. (Un ancien éduc spé qui n’a exercé que deux ans mais qui l’est toujours en son être le plus profond!!)

    Aimé par 1 personne

    1. Bonsoir lesouffleurdemots,

      Et désolée pour ma réponse tardive !
      Oui, faire différemment, être différent… ça gêne… ça bouscule… ça dérange…
      Mais quand c’est pour la bonne cause, allons-y gaiement 🙂

      Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s