Education positive·Emotions·Enfance·Gestion de conflits·Parentalité·Situations concrètes

Mon enfant a du mordant

Je vous propose un article d’une amie et collègue, Stéphanie Verstraete, thérapeute relationnelle et consultante en éducation, formée à l’analyse transactionnelle et à la CNV et éducatrice de jeunes enfants en multi-accueil.

enfantmordeur

Il est là, concentré à enfiler son déguisement de poussin. Antoine a 16 mois, il grandit, apprend à faire seul, aime les câlins. Aujourd’hui il est à la crèche. Il connaît très bien les lieux et les professionnels qui sont aux petits soins pour lui.

Gabriel aussi partage cette journée, les locaux et les encadrants. Antoine et Gabriel sont arrivés en même temps à la crèche. Ils se connaissent bien.

Aujourd’hui Gabriel a choisi la voiture de police. Il imite le son de la voiture tout en la faisant rouler sur le sol. Il passe à côté d’Antoine, assis à terre, coincé entre l’épaule et le passage du cou de son déguisement.

Des pleurs de douleurs surprennent tout le monde, des larmes perlent sur les joues de Gabriel … Mais que se passe-t-il ? Antoine, assis juste à côté, semble regarder la scène comme s’il suivait une série télé. En s’approchant on peut observer, là, juste sur l’avant-bras de Gabriel, un tatouage ? Non, des traces … de dents !!!

Yeux rivés vers Antoine, celui-ci ne semble pas tout saisir des enjeux de ses regards accusateurs.

De très nombreux enfants mordent, surtout avant l’âge de trois ans.

Malgré les apparences, les enfants n’ont pas d’intention de blesser, de causer du « mal ». Leur néo-cortex n’est pas encore suffisamment élaboré pour qu’ils saisissent et « comprennent » les conséquences de leur comportement.

 

Mais qu’est-ce qui incite un enfant à mordre ?

Plusieurs hypothèses peuvent être élaborées :

– il est en colère

– il veut en prendre un bout (la fameuse expression « il/elle est à croquer »)

– il veut obtenir un jeu

– il est fatigué

– il a des douleurs dentaires

– il le fait pour s’amuser sans mesurer la force qu’il a (souvent nous faisons l’erreur de jouer à le croquer …. sauf que l’enfant n’est pas encore en mesure de se freiner)

– il vit un événement stressant

– il obtient l’attention des adultes

– il se défend

– il est dans un environnement qui ne lui convient pas et vit des émotions difficiles

– il peut également être victime ou témoin de comportements agressifs

– il veut aller vers les autres. Il agresse. Le mot « agresses » signifie aller vers … (ok c’est maladroit de leur part mais l’intention est bonne ;-))

 

 

enfantmordeur2

 

 

Nos interprétations :

Les morsures d’enfant n’ont pas fini de faire parler d’elles, les parents deviennent des mordus d’informations. Car les morsures laissent les adultes complètement démunis. Ils ne comprennent plus, cet enfants si sage jusque là ne posait aucun problème …. et voilà que désormais il se met à mordre.

Tourne-t-il mal ?

Faut-il serrer la « vis » ? mettre l’enfant au coin ? le remordre (paraît que c’est radical) ?

Et si on cherchait réellement à se mettre à la place du « mordeur ».

Oui, ces deux enfants se connaissent et sont régulièrement en interaction (regards, rires, disputes). Alors peut-être qu’Antoine veut la voiture de Gabriel et use de la fonction « agression dentaire » pour obtenir l’objet convoité ?

Et si tout simplement cet individu, si jeune et encore immature psychiquement était sous l’emprise de ses propres sentiments, émotions ?enfantmordeur3

A cet âge là, les enfants sont impulsifs, guidés par leurs pulsions et désirs. Les expressions telles que : « il ne comprend rien », « il n’écoute pas », « il n’en fait qu’à sa tête », représentent bien le stade de développement de l’enfant.

A cet âge là … il n’est pas raisonnable, il ne le peut pas.

Ce sont ses émotions qui l’incitent à agir alors qu’un adulte agit après avoir « pensé ». L’enfant est immature et ne peut pas raisonner, ses connexions neuronales ne le lui permettent pas. Alors la pulsion le domine.

Gabriel passe par là …. Antoine, pris par sa pulsion en veut un bout (ben oui, c’est un « bon » copain)… et crac … Gabriel est marqué.

Ceci n’est qu’une explication parmi tant d’autre.

Certaines relations d’enfants nous étonnent tellement ils sont proches, complices. Pour nous adultes, c’est un mystère. Il peut alors y avoir une explication de l’ordre de « laisser sa trace » sur l’autre. Comme pour marquer cette relation spéciale et unique.

Bien souvent l’adulte a besoin de donner du sens au comportement de l’enfant : certainement parce que c’est rassurant : l’adulte peut proposer une stratégie de « défense ». Il agit sur le comportement alors qu’il serait plus puissant d’agir sur le sentiment, l’émotion, la pulsion.

parentinquiet

 

Quoi faire ?

Je lance l’invitation d’aider l’enfant à considérer l’effet de son acte. Sans violence aucune : pas de gronderie humiliante, pas de « je le mord » pour qu’il comprenne. Mais plutôt une écoute attentive de ce qu’il se passe. Pas évident lorsqu’on voit et entend les pleurs de douleur d’un enfant je vous l’accorde.

L’idée est d’aider Antoine à relier deux événements : celui de Gabriel et ses pleurs avec le fait que ses dents lui ont entaillé l’avant-bras.

Gardons en tête, l’idée que Gabriel soit son copain, il lui est très « chair ».

Car le regard un peu surpris d’incompréhension des enfants mordeurs est LEUR réalité VRAI. Ils ne comprennent pas les pleurs de l’autre enfant. D’ailleurs très souvent ils cherchent du regard un adulte pour qu’il vienne consoler l’enfant ou encore ils pleurent avec lui.

Le rapport « mes dents – sa douleur » est inexistant.

C’est grâce à nos attitudes éducatives que nous pourrons l’accompagner dans sa propre gestion de ses pulsions. Ainsi nous pouvons l’accompagner à considérer le fait que Gabriel soit important pour lui mais que les dents sur le bras c’est très douloureux. Et l’aider à trouver une autre manière d’appréhender ses pulsions.

 

Un autre exemple

Un après-midi d’été, mes deux enfants sont chacun dans leur piscine (chacun la sienne : elles sont ridiculement petites mais du coup très contenantes). Ils sont jeunes : 3ans et 1 an. Moi, je suis allongée sur mon transat, face à eux. Ma fille me regarde avec un de ses regards très profond et sincère.

Elle me dit :« je vais le mordre » (en parlant de son frère). Rien ne s’est passé entre eux, aucune explication logique à ce comportement.

Donc, là, tout de suite, elle m’exprime une pulsion.

J’accueille, valide « oh là, je vois comme tu as très envie de le mordre »… mais ce n’est pas suffisant, je sens que je dois être force de proposition très très rapidement. « Viens, on va pincer mon matelas ».

Elle sort de sa piscine, vient vers moi et se met à pincer avec délice le matelas. Moi, j’en profite et en fait autant …. incroyable comme ça soulage. Soulage quoi ? Je n’en sais rien, ça soulage.

Voilà, ça m’a pris 3mn. La pulsion a été entendue, ma fille a trouvé une ressource pour accueillir sa pulsion sans « agresser » l’autre … Et moi je dispose d’un exemple concret pour illustrer les effets d’une pulsion 😉

J’apprend encore tous les jours à accueillir l’émotion (les miennes et celles de mes enfants) afin de permettre à mes enfants de ne pas les refouler et devenir des cocottes minutes. L’objectif étant d’arriver à trouver, dans la mesure de leur possible et de leurs capacités, des stratégies pour à la fois s’écouter soi et respecter l’autre.

 

Quelle est ma posture ?

« On ne naît pas parent, on le devient », et c’est bien dans ce cadre accueillant et respectueux que j’accompagne les parents dans mes ateliers « Dessine-moi un parent », « Écouter pour que les enfants parlent », « jalousie entre frère et sœur » ou encore lors des consultations en éducation.

Les parents veulent être au plus proche du développement de leurs enfants mais manquent parfois, souvent d’informations. Ils ne réussissent pas toujours à relier un comportement avec une étape de développement.

Et oui tout cela ça s’apprend.

L’enfant nous apprend à devenir parent.

Chaque enfant est une personne unique et c’est bien pour cela qu’une simple théorie ne suffit pas à expliquer un comportement. Prendre un temps et explorer les possibles tout en acceptant d’accueillir les sentiments et émotions, voilà un chemin enrichissant.

ecoute

 

Stéphanie Verstraete

Thérapeute Relationnelle
Consultante en Education

Consultations sur RDV :
2 rue Abbé Bonpain
59113 Seclin

Tel : 06.81.52.15.66
Email : psy.verstraete@free.fr

Publicités

7 réflexions au sujet de « Mon enfant a du mordant »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s