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Croyance d’éduc #1 : Ecouter les émotions, ça n’a rien de bon !

Suite de la série d’articles : « L’éducateur, un être au cœur de la relation »
Introduction et présentation
– Actualisation des connaissances : Introduction / C1 (sur cette page) / C2 (colère) / C3 / C4 / C5 / C6
– Intériorité personnelle
– Formation intégrative et expérientielle

Je précise que ces croyances sont issus de constats faits sur le terrain, et qu’il est évident que chaque professionnel ne se retrouvera pas dans ces propos. Il n’y a là aucun jugement de ma part sur le métier d’éducateur spécialisé que je représente également, d’autant que j’ai été concernée par le sujet il y a quelques années.
Dans le cadre de la conférence dont il est question, l’idée est de revisiter les croyances encore en cours aujourd’hui de sorte à mesurer l’importance d’actualiser nos connaissances sur le développement de l’enfant et l’intelligence relationnelle et émotionnelle.

CROYANCE #1

– Si j’écoute les émotions de l’enfant, après ça sera encore pire
– On ne peut pas ET être à l’écoute de l’enfant ET être structurant
– Ecouter, c’est rentrer dans le jeu de l’enfant
– Si je l’écoute, il va en profiter
– Je n’aide pas l’enfant si j’écoute ses caprices
– …

Une croyance très ancrée est qu’écouter un enfant dans ce qu’il exprime de ses émotions et/ou de ses besoins peut présenter un risque ou être néfaste pour le jeune ou pour nous en tant qu’adultes. En général, quand les émotions sont exprimées de manière acceptable, ça ne pose pas vraiment de souci, encore que. La difficulté arrive souvent lorsque les jeunes emploient des stratégies maladroites pour s’exprimer, ou s’expriment avec intensité.

Une émotion est un message, un ressenti corporel qui vient nous indiquer que quelque chose nous est confortable (émotion agréable) ou ne nous l’est pas (émotion désagréable), et plus précisément qu’un besoin est nourri ou ne l’est pas. Ceci est d’autant plus valable pour les enfants et les adolescents du fait leur cerveau n’est pas encore mature et que, lorsqu’ils ressentent une émotion, ils ne sont pas en capacité de la réguler, de raisonner, de la comprendre à l’instant T.

émotions

Les émotion sont donc un magnifique indicateur de nos états internes et leur manifestation me semble un excellent moyen, pour nous adultes, de repérer à quel « endroit » accompagner l’enfant :
– en répondant à un besoin non satisfait si cela est de notre responsabilité d’adulte
  Ex : Un enfant anxieux le soir parce qu’il a besoin de sécurité
– en l’aidant à repérer un besoin non satisfait, et en l’aidant à y répondre
Ex : Marine & Laura
– en amenant l’enfant à trouver une manière de se faire entendre qui soit acceptable par tout le monde, sans qu’il n’ait à enfouir son besoin
Ex : Alice
– en repérant les difficultés dans lesquelles il se trouve, pour nous permettre d’émettre des hypothèses d’accompagnement approprié.
  Ex : Jules

J’ai toujours trouvé que l’expression d’une émotion, quelle qu’elle soit, était un beau cadeau que nous faisait le jeune pour nous permettre de repérer où et comment l’accompagner. Même quand ça nous est inconfortable. Parce que oui, je suis humaines, et ça l’est parfois !

ecoute

Les personnes pratiquant l’écoute active, quel que soit le contexte, pourront vous garantir que cette écoute est bénéfique pour :
> créer un lien avec notre interlocuteur et établir la fameuse relation de confiance
> apaiser l’interlocuteur et répondre à ses besoins d’empathie, de reconnaissance, d’écoute, …
> aider l’interlocuteur à repérer ce qui ne lui convient pas dans la situation qui le préoccupe et l’accompagner en conséquence.

Souvent, le fait d’être reconnu dans son émotion (qui ne veut pas dire changer notre posture ou céder à quoi que ce soit) fait baisser la pression et l’enfant peut passer à autre chose.

Quand j’entends des propos tels que : « on ne va pas rentrer dans leur jeu », j’entends :
– Soit un manque d’information sur le sujet (l’information se trouve)
– Soit un manque de savoir-faire (l’écoute active s’apprend)
– Soit une méconnaissance du fonctionnement humain liées à des croyances personnelles/sociétales
– Soit des peurs (à nous d’aller dépoussiérer ce que ça vient dire de nous)

Un souci avec les émotions des autres, c’est qu’elles nous renvoient à nos propres émotions et nos propres croyances à leur sujet.
Certaines d’entre elles n’ont pas eu la place d’être entendues ou reconnues, d’autres sont trop douloureuses pour être exprimées… et les entendre intensément venant d’autrui peut venir nous toucher ou nous bousculer, aussi professionnel que nous soyons/voulons l’être.
De même, si j’ai la croyance qu’une colère est mauvaise, qu’un garçon ça ne pleure pas, qu’avoir peur c’est pour les poules mouillées ou que sais-je encore… comment cela va-t-il se répercuter dans mon accompagnement ?

Sortons de ce clivage qui veut que l’écoute et l’empathie sont incompatibles avec le respect du cadre, des règles, de l’autorité.
Cet exemple illustre ces propos : « Ecoute des besoins et respect du cadre »

Ce qui crée le respect n’est pas la posture autoritaire de l’adulte, c’est – entre autres – le climat que l’on met en place, la manière dont nous respectons l’autre, la manière dont nous allons prendre en compte l’intégrité de chacun tout en respectant les limites qui sont les nôtres. Et l’écoute est un moyen que nous avons pour créer ce climat et entrer en relation et/ou créer un lien avec l’autre.

Suite à venir : Croyance #2 > « En colère, tu ne te mettras guère »

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8 réflexions au sujet de « Croyance d’éduc #1 : Ecouter les émotions, ça n’a rien de bon ! »

  1. Encore un très bel article ! Votre blog est vraiment génial ! J’avoue que je ne prend pas toujours le temps de lire la totalité de vos articles, mais quand je m’y mets, cela me pousse toujours à une réflexion professionnelle ! J’adore votre blog ! C’est toujours un plaisir de vous lire 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ce message encourageant, Jody Blondie !
      C’est vraiment une source de motivation de lire ce genre de retours car je ne mesure pas forcément l’impact que ce que j’écris peut avoir sur les lecteurs professionnels ou parents, et je me questionne parfois sur leur utilité, leur pertinence, leur intérêt pour autrui.
      Donc je vous remercie d’avoir pris le temps de rédiger ce commentaire !

      Au plaisir,
      Elodie

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  2. Elodie, comme j’aime bien vous lire. Vos réflexions m’y sont tellement proches, je me ressource en décortiquant chaque propos de vos écrits. Je me conforte dans mon propre apprentissage de l’écoute active. Avec mes expériences, je constate aussi que prendre le temps pour parler des émotions avec l’enfant (toute personne dans le besoin) s’avère inhérent à toute sa prise en charge. Ce temps de pose, d’échange permet de se recentrer sur les ressentis du moment présent, aussi, de retrouver peut-être leurs raisons d’exister dans le passé.
    Un grand Merci Elodie pour votre blog que j’apprécie tant. Au plaisir de lire vos nouveaux textes.

    Aimé par 1 personne

    1. Bonsoir majchrzak,

      Je suis heureuse de lire votre doux message et de contribuer quelque part, par mes écrits, à votre « ressourcement » et à vous conforter dans votre pratique et vos valeurs.

      Merci à vous d’avoir pris le temps de m’écrire ce mot, je me sens encouragée et nourrie par ces retours qui me motivent à faire vivre ce blog puisque je sens qu’il a une utilité 🙂

      Au plaisir,
      Elodie

      J'aime

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