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Croyance d’éduc #3 : Je cadre, tu cadres, nous recadrons…

Suite de la série d’articles : « L’éducateur, un être au cœur de la relation »
Introduction et présentation
– Actualisation des connaissances : Introduction / C1 (écoute des besoins et des émotions / C2 (colère) / C3 (sur cette page) / C4 / C5 / C6
– Intériorité personnelle
– Formation intégrative et expérientielle

Je précise que ces croyances sont issus de constats faits sur le terrain, et qu’il est évident que chaque professionnel ne se retrouvera pas nécessairement dans ces propos. Il n’y a là aucun jugement de ma part sur le métier d’éducateur spécialisé que je représente également, d’autant que j’ai été concernée par le sujet il y a quelques années. Et rien ne certifie que dans le texte ci-dessous ne se cachent pas encore quelques croyances non identifiées 🙂
Dans le cadre de la conférence dont il est question, l’idée est de revisiter les croyances encore en cours aujourd’hui de sorte à mesurer l’importance d’actualiser nos connaissances sur le développement de l’enfant et l’intelligence relationnelle et émotionnelle.

CROYANCE 3
** Nous devons poser un cadre et des limites fermes **

– Les enfants ont besoin d’être cadrés
– Si on ne les cadre pas, ils nous bouffent/nous manipulent
– La punition (parfois déguisée sous le terme sanction éducative) est nécessaire pour que l’enfant apprenne que ce qu’il a fait est mal
– Les éducateurs doivent faire front commun
– Coopérer avec les enfants c’est laisser la porte ouverte aux dérives
– Si tu punis pas, t’es laxiste

Dans l’accompagnement quotidien éducatif, les notions de cadre, de règles, de limites sont des questions centrales et omniprésentes.

En effet, il est essentiel que nous, adultes, répondions au besoin de sécurité des enfants et adolescents accueillis, besoin fondamental pour grandir. Pour ce faire, nous veillons à établir ce que l’on appelle en général « un cadre », c’est-à-dire un espace sécurisant et cohérent dans lequel vont évoluer les enfants.
Il est également important de mettre en place des stratégies permettant aux professionnels de se sentir en sécurité sur leur lieu de travail, de manière à ce qu’ils puissent être pleinement disponibles sur le terrain. Je n’ai à ce jour jamais entendu parler de cet aspect-là, comme si les règles n’étaient destinées et nécessaires qu’aux enfants. Ce n’est pas mon avis.

Poser des règles, informer des limites acceptables pour nous et pour le groupe sont nécessaires à la vie en collectivité, pour savoir ce qui est permis et ce qui ne l’est pas, pour avoir une cohérence au sein même de l’équipe éducative. Les règles ne sont pas créées pour contraindre l’autre mais pour nous permettre, à tous, de bien vivre ensemble. Elles ne sont pas là parce qu’il FAUT en mettre, mais parce qu’elles ont du sens dans le lieu dans lequel elles sont appliquées, tout en prenant en compte le stade de développement des enfants concernés.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je suis favorable à ce que certaines règles soient décidées collégialement, avec les adultes et les jeunes. Une règle qui a du sens pour tout le monde a bien plus de chances d’être respectée !

Chaque maison d’enfants est différente, et les règles ont tout intérêt à être ajustées en fonction de l’espace pour lequel elles sont créées. De plus, elles sont associées à un lieu et non à une catégorie de personnes : enfants ET adultes les respectent. Sinon, quelle cohérence, et quel sens a la règle ?

Parmi les règles, il en existe des non négociables (toutes celles qui visent à garantir la sécurité du groupe et l’intégrité des personnes qui y vivent) et des négociables (les autres).

Un espace qui nourrisse à la fois les besoins de sécurité ET d’attention du jeune peut être source de beaucoup de libertés, de créativité, de possibilités. Le cadre vise à garantir la SÉCURITÉ du groupe. Au-delà de ça, ouvrons-nous à aller vers des permissions plutôt que des interdits !

Il ne s’agit donc pas d’en faire un dogme, de le rendre rigide ni de nous priver de toute liberté d’action sous prétexte que « c’est le cadre ».

Exemple : « Oser sortir du cadre ? »

Je ne pense pas que le cadre soit cette fameuse frontière à ne pas franchir, dont l’adulte est le garant, car au-delà l’enfant serait en insécurité.
Mais il est la cohérence, la congruence, l’authenticité :
> de l’adulte avec lui-même, dans sa relation à lui et à l’autre et également
> de l’équipe
> de ce qui va se jouer dans les relations
Ainsi que comment l’enfant va se sentir en sécurité et respecté dans son intégrité au quotidien, et comment il va lui-même apprendre à faire de même avec les autres (en passant, je rappelle que les enfants apprennent en modélisant sur les adultes notamment). La sécurité est amenée par ce qui est mis en place par l’adulte, dans un premier temps, notre job étant in fine d’accompagner les jeunes à développer LEUR sécurité INTERIEURE, non pas à les rendre dépendants du regard et de l’intervention de l’adulte pour nourrir leur besoin de sécurité ou évoluer dans un quotidien.
… Hmm… dit comme ça je conçois que ça semble -un peu… juste un peu !- abstrait et incompréhensible, j’ai encore besoin de trouver les mots pour extérioriser ce que je souhaite partager 🙂

**********

Au plus j’ai évolué dans ma pratique, au plus je me suis rendue compte de la manière dont nous, adultes, percevions les enfants. Ne serait-ce que par la manière dont nous notons nos observations dans le cahier de bord :
– cadrage,
– recadrage,
– ce qu’untel a mal fait,
– ce qu’unetelle n’a pas respecté
– les mesures qui ont été prises

Parfois des valorisations, pour ce que l’adulte a estimé que l’enfant avait fait de bien.

Il semble là que nous aurions fortement besoin des apports de l’éducation et de la psychologie positive pour nous centrer sur ce qui va !!! Sur ce que les enfants ont acquis… Sur un comportement qui a évolué… Sur un effort qu’ils ont fait… Sur une compétence développée… Et pas uniquement sur toutes ces preuves qui vont venir alimenter et renforcer nos croyances que l’enfant est un être à cadrer et à canaliser sous peine de le voir prendre le dessus sur l’adulte.

mistakeLà où les enfants expérimentent, font des erreurs, apprennent la vie… nous voyons de la manipulation, une tentative de prise de pouvoir. Évidemment, vu sous cet angle, nous avons plutôt intérêt à avoir un bon contrôle de la situation !
Mais nous voyons alors l’autre à travers le filtre de nos croyances et de nos propres schémas relationnels. Donc nous cadrons, recadrons, surcadrons. Parce que nous interprétons, nous jugeons, nous analysons. Le plus souvent avec les meilleures intentions du monde, parce que nous sommes convaincus que c’est ce qu’il y a de meilleur pour eux. Mais cet excès de règles, d’interdits peut devenir enfermant et très limitant, notamment par le fait que notre vision de l’enfant me semble alors erronée, et je pense que nous passons à côté de beaucoup de choses dans la qualité et la pertinence de l’accompagnement que nous proposons.

Je vous invite à ce propos à lire un coup de gueule passé il y a quelques temps sur ce blog.

De même, en réponse à des comportements jugés inadaptés, la punition est encore très employée. Et l’on parle même parfois de sanction éducative pour justifier nos actes. Un coucher à 20h pour une insulte proférée, 3 pages de lignes à copier pour avoir oublié ses devoirs à faire en classe, un isolement en chambre pour une colère exprimée…

Pour en savoir un peu plus : La punition est-elle vraiment éducative ?

Que faire lorsqu’une règle n’est pas respectée ?

– Vérifier que la règle posée a bien été comprise. Il n’est pas rare que des enfants n’aient pas écouté, entendu, compris la règle. Et surtout, il me semble important d’accepter de répéter une règle. Il arrive encore trop souvent que nous pensions n’avoir à dire les choses qu’une seule fois pour qu’elles soient intégrées. Les enfants ont besoin de temps et d’intégration.
– Vérifier qu’elle était en cohérence avec le stade de développement de l’enfant
– Vérifier que l’enfant a bien eu les informations de ce qui lui est demandé ! Les règlements sont souvent tournés avec des phrases négatives (« Je ne dois pas… taper, être violent, chanter à table, courir, crier dans la maison, manquer de respect… ») ou généralistes (« Je dois… respecter les autres, être calme, être tolérant, régler mes conflits sans violence… »).
Pour les premières, l’enfant ayant l’information de ce qu’il ne doit pas faire, c’est cette image qui se crée dans son cerveau. Il n’a alors pas d’autre image mentale de ce que l’on attend de lui, et peut même n’en avoir aucune idée. Difficile alors de répondre à la demande de l’adulte.
Pour les secondes, ce sont des phrases trop généralistes qui ne permettent pas à l’enfant de définir clairement ce que l’on attend d’eux (Quelle attitude me demande-t-on d’avoir lorsqu’on me demande de respecter l’autre ? : ne pas lui taper dessus ? être d’accord avec lui ? ne pas l’insulter ?…).
Veiller donc à proposer des phrases positives, exprimant ce qui est attendu de la part de l’enfant, et d’y associer des dessins pour les plus petits (et les plus grands qui sont visuels !).

Si ces éléments ont été clairement posés et compris, il pourrait alors être utile de proposer une résolution de problème, dont je parlerai dans une autre publication.

Dans tous les cas, l’idée est de sortir de ce rapport de force, de sortir de cette relation binaire, linéaire et de prendre l’enfant dans sa globalité et l’accompagner en tant que tel ! Ce sujet mérite vraiment d’être approfondi car il me semble essentiel.

Donc mettre en place un cadre structurant pour les enfants, oui ! Dans l’intention de garantir leur sécurité et de les aider à se construire LEUR PROPRE SÉCURITÉ INTÉRIEURE, tout en étant au fait des stades de développement de l’enfant. Et en ayant en tête que si un enfant ne respecte pas une règle posée, il n’est pas forcément en train de vouloir prendre le pouvoir, la transgresser, nous manipuler… il n’est pas obligatoire de passer par la case : « cadrage, recadrage » pour faire avancer les choses… il se passe juste quelque chose pour cet enfant-là, à ce moment-là, qui mérite d’être écouté, entendu et reconnu.

La suite à venir…

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2 réflexions au sujet de « Croyance d’éduc #3 : Je cadre, tu cadres, nous recadrons… »

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